béchalah'   

PARACHA BECHALAH בשלח

RÉSUME.
. — Le peuple se trouve rapidement acculé à la mer, menacé par les armées égyptiennes que Pharaon a lancées à sa pour¬suite. Moïse se fait l'interprète de L'anxiété du peuple auprès de D. Les rangs des armées du Pharaon sont saisis de confusion et sous la protection d'un épais nuage, Israël traverse la mer Bouge qui s'ouvre à son passage. Dans leur aveugle précipitation, les chars et les cavaliers du Pharaon prennent le chemin de la mer qui soudain se referme sur eux, engloutissant hommes et bêtes. Sur l'autre rive s'élève le chant triomphant du peuple. Myriam, à la tête des femmes juives, entonne à son tour l'hymne de la joie. Le peuple manque d'eau, des sources amères sont adoucies par l'ordre divin. Le peuple manque de viande et des cailles en grand nombre s'abattent autour du camp. Le peuple manque de pain, et la manne commence à couvrir tous les matins les alentours des tentes. Cependant, le Sabbat, institué dans son expression collective, se manifeste aussitôt, par l'arrêt de la manne en cette journée. Un incident, de nouveau dû au manque d'eau oppose Moïse au peuple. Amalek attaque Israël et, dans une courte bataille, est défait. Ordre est donné d'effacer le souvenir d'Ama¬lek de la terre des hommes.

 

 

thora-stats

Ici nous allons donner les paramètres de la parasha et la classer par rapport à l'ensemble des 54 parashiot qui composent le sepher torah .

  nombre rang dans le sepher torah rang dans le sepher CHEMOT
ordre   16ième/ 54 4ième/11
nombres de lignes 215.33

17ième/54

 
nombres de paragraphes  14 9 ouverts et 5  fermés
nombres de phrases 116 23ième 6ième
nombres de mots 1681 19ième 4ième
nombres de lettres 6423 18ième 4ième

1 MITSVA /613

La paracha BÉ-CHALLAH contient une interdiction.
24. Interdiction de dépasser le Chabbat la limite prescrite (thoume).

 

PARACHA BECHALAH בשלח

COMMENTAIRE

 

 

LA POURSUITE. — A nuit de terreur, l'Egypte prend conscience de la situation créée par le départ d'Israël. Les siècles de la servitude avaient, en effet, modifié la structure sociale du pays, accentuant la différence des castes et imprégnant les maîtres du pays d'un mépris total pour la dignité humaine et les droits sociaux élémentaires. L'Egypte ne peut pas admettre, même après le choc qu'elle a subi, une répartition équitable des charges du citoyen entre tous les habitants du pays. Elle ne peut plus se passer d'esclaves, et la réaction de Pharaon devient donc une conséquence logique de la déformation de la société égyptienne. Et sursaut indique en outre que les leçons répétées, tout en ayant atteint leur but concernant Israël, n'ont pas effectivement servi. Q devient alors inévitable de réduire définitivement la volonté de domination tyrannique du Pharaon en détruisant ses moyens d'oppression, ses armées.

 

LE PEUPLE DEVANT LA MER. -- « D. combattra pour vous, et vous, restez tranquilles ». Le peuple a l'impression de se trouver dans une impasse. Il désespère rapidement du pouvoir libérateur de ses chefs et de D. N'oublions pas qu'Israël doit réapprendre cette confiance qui ne se laisse entamer par aucun obstacle aussi redoutable soit-il, confiance qui était la plus haute acquisition des ancêtres, mais que des siècles de souffrances avaient fini par atténuer fortement. Cependant l'action de D. ne pourra se passer de l'action des hommes. La mer ne s'ouvrira que lorsque le premier Juif aura mis le pied dans les flots, osant ainsi faire le premier pas vers l'incertain. Cette action concertée, divine et humaine, sera exactement celle dont Israël devra toujours faire l'expérience. Ce ne sera pas la foi en D. qui désarme le bras des hommes, mais ce ne sera pas non plus l'unique recours à la puissance matérielle qui constituera, pour Israël, le dernier mot et la limite de ses espoirs.

 


LE PASSAGE DE LA MER. - - Le vent d'est fouette les eaux, et les vagues, s'accumulant à droite et à gauche du passage, dé¬blaieront la voie qui, de l'Ouest à l'Est, traversera le bras de mer qui sépare le territoire égyptien de la presqu'île du Sinaï. Les Egyptiens, suivant immédiatement les derniers rangs des Juifs, sont alors écrasés par les flots qui se referment sur eux, et la mer qui, dans une partie, reste encore comme gelée, retourne à son état naturel, dans l'autre partie. Aucune manifestation plus valable de la domination permanente de D. sur la nature. Ce même élément qui devait être le tombeau de l'élite d'Israël, qui devait mettre fin à l'épanouissement du peuple de D., se retourne contre les coupables de cet attentat collectif et les anéantit. Une fois de plus, mesure pour mesure, une fois de plus, justice sinon immédiate, du moins inévitable. Israël n'oubliera jamais cette journée. Israël en retirera la certitude qu'il y a une justice, que cette justice ne manquera jamais son but, et qu'en sa faveur D. est prêt à renverser les conditions de sa création. Le monde n'est pas basé sur la justice, et l'Egypte, à son grand détriment, a fait l'expérience du prix d'une révolte contre cette «loi d'airain». Israël en même temps connaîtra la nature de sa mission particulière et de la mission d'établir la justice, et il retiendra une nette conscience du lien qui unira son sort à l'observation de cette loi. Le jour où Israël se révoltera contre cette justice, verra sa condamnation à un exil qui devra lui enseigner par la souffrance ce que le  bonheur lui aura fait oublier. La reconstruction de Sion, sa libération messianique, disent nos Sages, ne se fera que par la justice et pour la justice.

 


LE CHANT DE LA MER. — « Alors Moïse et les fils d'Israël entonnèrent ce chant, ils dirent : je chanterai le D. suprême qui a jeté cheval et cavalier dans la mer ». Israël exprime dans un cantique d'une haute envolée toute la reconnaissance, toute l'humilité qu'il éprouve devant le miracle de sa naissance et de sa délivrance. Israël sait à quoi cette délivrance l'engage : « II sera mon D. et je le glorifierai ; le D. de mon père, et je relèverai». La tradition des ancêtres est redevenue propriété des fils. Ce n'est plus une piété filiale qui pratique une loi par déférence envers les ancêtres, ce n'est pas un D. révélé dans un passé obscur auquel on adhère par une crainte instinctive, mais c'est la reconnaissance claire et objective de l'existence divine qui, dorénavant, sera la norme de la vie nationale. « Qui, parmi les puissants, est comme Toi, D. ? ». Quel est l'homme qui, en face de tels événements, peut encore admettre la suprématie d'une puissance autre que celle de D ?. Certes, il y a des puissants, il y a des forces qui paraissent dominer, mais toutes ces forces ne sont que l'émanation du D. Un et ne sont que des outils, que Sa main puissante manie pour l'accomplissement de Sa volonté. « Ce peuple que tu as délivré, tu le conduis vers la résidence de Ton sanctuaire ». Cette libération mènera droit à Jérusalem, et concrétisera, autour du Temple, l'idéal dont le peuple se fera le porteur. « D. régnera en toute éternité ». Le monde continuera son cours, les hommes se révolteront plus d'une fois contre D. et Sa loi, mais chacune de ces révoltes aboutira à une catastrophe, et ces crises répétées dont est faite l'histoire conduiront à l'unification du monde sous le règne de D.


LE CHANT DE MYRIAM. -
-La sœur des deux chefs, entourée de toutes les femmes répond au cantique des hommes par un chant qui en reprend les paroles, exprimant ainsi la participation des femmes juives à cet instant pathétique. Hommes et femmes unissent leurs sentiments d'admiration envers D., hommes et femmes seront, à titre égal, responsables de la destinée du peuple. Aucune fausse émancipation des sexes ne troublera l'exercice de l'œuvre à laquelle l'homme et la femme se voueront selon leurs qualifications spécifiques.

 


LES SOURCES AMÈRES. — On comprend difficilement comment ce peuple, qui vient d'assister à cette manifestation grandiose du passage de la mer Rouge, et qui a clamé son enthousiasme devant la vision de la Main de D., perd confiance quelques jours plus tard, devant une difficulté et fait mine de se révolter. Cependant, l'expérience humaine démontre qu'il est plus difficile de bâtir sa vie tous les jours sur D. que d'attribuer à D. le mérite de solutions extraordinaires en des moments extraordinaires. Certes, D. fut le Maître de la mer, D. fut l'artisan unique de la libération. Mais se préoccupe-t-il des soucis de l'heure ? Est-il présent lorsque l'homme doit résoudre les questions banales de sa lutte quotidienne ? En d' autres termes, est-ce que D. n'intervient que pour les solutions historiques ou bien est-il proche de l'homme, de l'individu, de la communauté d'une façon ininterrompue ? C'est ce doute qui a provoqué la crise de Mara et, c'est pour répondre à cette question que le miracle se reproduit et que les eaux s'adoucissent. « Car si tu écoutes Ma voix, si tu fais ce qui est juste et droit à Mes yeux, aucune des plaies d'Egypte ne t'atteindra jamais ».

 


LA MANNE ET LE SABBAT.
— Une nouvelle leçon, qui prendra également place dans le souvenir d'Israël, est donnée au peuple. Dans un désert inhospitalier, dans des conditions normalement insuffisantes, dérisoires, pour garantir la subsistance de deux mil¬lions d'êtres, D. crée de toutes pièces des éléments nouveaux, qui permettront au peuple de vivre, et qui lui feront comprendre que le problème de l'existence matérielle ne peut être résolu par des solutions exclusivement matérielles, mais qu'en dernière instance, l'action de D. prend une part décisive. La manne qui, tous les jours, permettra au peuple de se nourrir ne tombera que dans la limite des quantités indispensables à cet effet. Ceux qui, avec le souci si fréquent d'assurer leur sécurité du lendemain, s'apprêtent à en mettre en réserve, s'aperçoivent que le lendemain elle est immangeable. Ceux qui croient que chaque jour suffit à sa tâche, mais que chaque jour, sans exception, demande que l'on réalise cette tâche, s'aperçoivent que le sixième jour apporte double ration pour son lendemain, le Chabbat. Ainsi, ce qui pour l'instant est encore le fruit du miracle présente déjà des signes qui doivent caractériser les fruits du travail humain. Répartition équitable et suffisante, mais sans accaparement, respect de la qualité du Sabbat et certitude de pouvoir suffire à son besoin par le travail de la semaine. Le Sabbat impose ainsi au début de la vie sociale d'Israël son ordre impératif qui, en ramenant l'homme à la source de son être, en sanctifiant l'âme et le corps, contribue à l'épanouissement de l'individu.

 


AMALEK. — Toutes les expériences qu'a faites Israël depuis son arrivée dans le désert ne lui font connaître que sa position future par rapport à la nature, lui enseignent l'indépendance qu'il gagnera à l'égard de la nature, en se soumettant à la volonté de D. Une expérience manque : quelle sera la position du peuple de D. parmi les autres peuples, quelle sera l'emprise de la puissance humaine sur son avenir ? Cette expérience sera faite à Refidim, le moyen en sera Amalek. Amalek, descendant d'Esaù, se jette contre Israël, comme l'ange de son ancêtre s'est jeté contre Jacob. Israël veut gagner la liberté qui consacrera la prise du pouvoir sur terre par D. ; Amalek, incarnation de la force et de la domination par les armes, ne peut tolérer un tel défi à son principe de vie. Il n'y a pas de place sur la terre pour deux thèses aussi diamétralement opposées que celles d'Amalek et d'Israël. Cet assaut contre Israël ne sera pas le dernier, mais, dans un combat d'une brièveté exceptionnelle, D. prouve sa volonté de ne tolérer aucune atteinte au principe qui doit donner la paix aux hommes. Amalek devine en Israël celui qui exterminera son idéal guerrier. Amalek, poussé par l'instinct de la bête qui se sent perdue, essaie de détruire le germe du groupe d'hommes qui lui imposera un jour sa loi. Cette loi ne sera pas une nouvelle loi dominatrice, mais une loi suprême, une loi inspirée d'une morale éternelle, prenant son origine en D. et ayant pour but la paix en D. Du haut de la montagne Moïse, accompagné d'Aaron et de 'Hour, assiste au combat, les mains levées vers le ciel, montrant du doigt Celui pour qui Israël engage la lutte et qui, avec Israël, la conduit à son issue victorieuse. L'ennemi repoussé. Moïse fait une proclamation solennelle : « Car la main est sur le trône de D. ». Guerre contre Amalek. pour D., de génération en génération ». La main sur le trône de D., la main : symbole de l'action de D., le trône : symbole de l'absolu, concrétisation de la mission assignée aux Juifs. Lutte pour D., guerre implacable, dans tous les domaines, avec toutes nos énergies contre la loi de la force, de la matière, de l'égoïsme. De génération en génération, sans cesse, sans répit, pour qu'Israël, dans l'accomplissement de sa tâche, apporte à la souffrance des hommes la guérison par l'esprit de D. « Et le terre sera remplie de la connaissance de D. comme les eaux emplissent la mer ».

 

HAFTAROT
PENSEE JUIVE SUR LA HAFTARA  
BECHALA'H

RAV AVINER

BECHALA'H
Juges 4, 4-5,31
Lorsque les Egyptiens furent précipités dans la Mer Rouge — nous rapporte le Talmud (Sanhédrine 39b)-les êtres célestes voulurent chanter pour exprimer leur satisfaction devant le châtiment des méchants. Mais l'Eternel les arrêta dans leur élan: "Comment oseriez-vous chanter quand mes enfants sont en train de se noyer? Ce sont là de méchants enfants, certes, mais ce n'en sont pas moins mes enfants!"
Si l'Eternel a fait taire les êtres célestes en cette circonstance, il n'en comprend pas moins que les êtres de chair et de sang, eux, expriment en une telle occasion leur gratitude par un cantique. C'est ce que fait Moise dans notre sidra. C'est également, ce que, parallèlement, fait Débora la prophétesse, après la victoire remportée sur Sisra, dont les péripéties sont rapportées dans la haftara de ce chabatt. Ce besoin et ce désir de chanter sont donc le dénominateur commun entre la sidra et la haftara en ce chabatt appelé, de ce fait,  chabatt chira, le chabatt du cantique.
Notons, cependant, que si, après le passage de la Mer Rouge, Moise chante avec les enfants d'Israël, Miriam, elle, ne participe pas à ce choeur; c'est à part qu'elle exprime, de son côté, ensuite, sa gratitude à l'Eternel. Dans la haftara par contre, Débora à qui revient certes l'initiative du combat, chante, bien que femme, avec Barac, tout en occupant le premier plan.
Dans les deux circonstances relatées, il y a encore un petit point commun: l'épouvante qu'éprouvent ici Sisra et sa cavalerie (4, 15) fut également ressentie au bord de là Mer Rouge par le pharaon et sa cavalerie (Exode 14,24—25). Dans les deux cas, elle fut semée par l'Eternel pour atténuer la pression de l'ennemi sur les enfants d'Israël.
La part de l'Eternel dans les deux victoires est en effet pertinente. Moi'se lui consacre tout son cantique, et c'est justice puisque, pratiquement, les Hébreux n'ont pas participé au combat. Il en est tout autrement de Débora: tout en rendant hommage à l'Eternel, elle n'oublie pas de distribuer des éloges à tous ceux qui ont pris part à la bataille, mais aussi sa réprobation à ceux qui ont préféré rester tranquillement chez eux.
Sous la direction d'un homme ou d'une femme, qu'importé. Dieu accorde la victoire à son peuple dans toute la mesure où celui-ci ne compte pas sur un miracle, mais veut bien y prêter sa main.
 

 

 Une femme à notre tête


Lorsque la Bible nous relate que la prophétesse Dvorah fut à la tête de notre peuple, ce n'est pas seulement pour nous raconter un épisode historique exceptionnel, mais bien pour nous apporter par là-même un enseignement relatif au futur.
En effet, nous savons que les prophéties n'ont pas toutes été transcrites. Seules celles dont l'enseignement était nécessaire aux générations futures l'ont été (Mégmia Ha). Le prophète est avant tout un orateur, et non pas un écrivain. Il y a eu selon nos Sages des centaines de milliers de prophètes (ibid.) dont les propos furent transmis uniquement par oral. Contrairement à la Torah, dont le message immuable, éternel, reste vrai du début jusqu'à la fin des temps et dans toutes les situations, les prophéties, quant à elles, ne sont prononcées que dans des circonstances particulières, en un temps et un lieu spécifiques. C'est pourquoi, en général, elles n'ont pas été mises par écrit. S'il existe quelques exceptions à cette règle, c'est parce que celles-ci comportent un message utile pour les générations futures.
Nous voici donc en présence d'une femme qui était dans une certaine mesure à la tête du peuple juif. Ce fait étonnant a conduit nos décisionaires à s'adonner à de nombreuses analyses. En effet, une femme n'est en principe pas appropriée à de telles fonctions. Mais il est écrit explicitement : "Or Dvorah la prophétesse, femme de Lapidoth, gouvernait Israël à cette époque. Elle siégeait au pied du 'Palmier de Dvorah', entre Rama et Bethel, dans la montagne d'Ephraïm ; et c'est à elle que les enfants d'Israël s'adressaient pour obtenir justice." (Choftim iv, 4-5). Il est cependant vrai qu'un autre personnage, Baraq, fils d'Avino'am, remplissait le rôle de général en chef des armées, et d'après la tradition, il n'était autre que le mari de Dvorah. Loin de ressembler à une Jeanne d'Arc montée à cheval et parée d'une armure, cette prophétesse était cependant, dans une large mesure, à la tête du peuple juif et avait sur celui-ci une influence prépondérante.
La nomination exceptionnelle de Dvorah à ce poste nous est expliquée par les Tossaphistes de deux façons différentes : Tout d'abord, elle était une prophétesse qui reçut une injonction divine 
particulière (Tossaphot,Nida50), et d'autre part, le peuple juif l'avait acceptée de bon gré (Tossaphot,BabaQama 15).En effet, si pour une raison particulière une personne est impropre à remplir les fonctions de juge, l'acceptation des deux parties en litige peut toutefois pallier cet état de fait. A la limite, disent nos Sages, même un membre de la famille d'une des deux parties, ou bien des éleveurs de bétail, considérés en général comme étant malhonnêtes {Sanhédrin 24), donc des personnes non habilitées à juger, sont admises si les deux parties en conflit leur font confiance. Evidemment, elles ne pourront pas statuer en matière de Hala'hah, mais elles conviendront pour trancher des problèmes financiers.

Le Rav Tsvi Yehoudah Kook considérait favorablement le Parlement israélien, et estimait que d'après la Loi juive, il était parfaitement légitime et acceptable pour traiter des questions financières, politiques et sociales, mais non dans le domaine de la loi juive, comme le Chabbat et la Cacheroute.

Pour en revenir à Dvorah, nous avons cité plus haut les deux raisons qui justifient sa légitimité en tant que Juge. En tout premier lieu, elle était imprégnée de la présence divine, ce qui faisait d'elle un chef de droit divin. Par ailleurs, l'accord de la communauté renforçait son pouvoir. Le Rav Kook nous a rappelé que de nos jours également, le peuple juif avait attribué le pouvoir politique suprême à une femme qui, en devenant Chef d'Etat, démontra que ce choix était relativement réussi. H considérait en effet que la relation de Golda Méïr avec le monde religieux était préférable à son prédécesseur. Golda Méïr avait en outre réussi à lever haut le drapeau de la nation, et à faire une impression positive à l'intérieur du pays comme dans ceux avoisinants. Elle avait su tenir avec un grand talent les rênes de la nation, et bien que son gouvernement ait comporté quelques graves imperfections, il était dans l'ensemble assez acceptable.

A cette époque du Livre des Choftim, nos voisins nous causaient beaucoup de malheurs, ainsi qu'il est écrit dans le Livre des Psaumes : "Toutes les nations m'enveloppent, elles m'entourent. " (TéMUm cxvm, 9). Mais grâce à la présence divine qui résidait sur ce juge, la prophétesse, nous avons obtenu des résultats remarquables. "Le pays connut depuis lors quarante années de repos." ççhoftim v, 31). Ceci nous permit également de prendre des forces en vue de l'avenir.

Comment Dvorah obtint de tels résultats ? Non par le mérite d'un quelconque talent militaire, mais parce qu'elle était une héroïne spirituelle : une prophétesse ! Cette personnalité centrale du peuple juif était dotée d'un haut niveau de spiritualité, du point de vue de sa pensée, de son élévation morale, et c'est grâce à cette grandeur spirituelle qu'elle avait un ascendant sur Baraq, chef des armées d'Israël, qui craignait de s'engager dans cette guerre. C'est Dvorah qui l'enjoignit de prendre d'assaut l'ennemi, bien que celui-ci fût muni de "neuf cents chariots de guerre et molestait durement pendant vingt ans les enfants d'Israël. " (Chofttm iv, 3). Dvorah "envoya quérir Baraq, fils d'Avino'am... et lui dit : Voici l'ordre du Seigneur, Dieu d'Israël : va déployer une armée sur le mont Thabor. " (6). Et Baraq, craignant de se mesurer à ces redoutables ennemis répondit : "Si tu m'accompagnes, j'irai, sinon je n'irai point. " (iv, 8). Et Dvorah de répliquer aussitôt : "Certes, j'irai avec toi" (9). C'est donc elle qui insuffla force et courage au chef de l'armée.

Le Rav Tsvi Yehouda Kook nous enseigne que cette prophétie est également valable pour nos jours, car c'est la force spirituelle qui donne à la nation sa motivation idéologique, qui elle, à son tour, nous insuffle la puissance militaire. La faiblesse spirituelle et la pauvreté en Torah nous mettent en danger sur les plans militaire et politique. Nous devons faire croître notre foi et notre attachement en Dieu. Plus nous serons dotés de grandeur d'âme, plus nous aurons un véritable dévouement pour le peuple d'Israël, et plus nous ferons preuve de ténacité sur le plan politique.

En sanctifiant ainsi le Nom de Dieu aux yeux des nations, celles-ci auront envers nous une réaction de crainte révérencielle et se comporteront avec respect et savoir-vivre. Nos faiblesses, nos incapacités, nos hésitations, nos rétrocessions, nos compromissions, nos sourires forcés, nos humiliations et nos courbettes n'auront plus de raison d'être et disparaîtront.

Le cantique de Dvorah soulève également un autre problème : différentes factions s'étaient alors formées dans la nation juive (Chqfhm v, 15-16), comme c'est le cas à notre époque où il existe toutes sortes de partis, déchirés par des dissensions. Cette situation devait être impérativement rectifiée, car il est indispensable que règne en notre sein une atmosphère de paix et d'unité, de respect et de compréhension mutuelle. Ainsi que nos Sages l'ont exprimé de façon si véhémente : "Grande est la paix ! A un tel point que même des idolâtres au sein desquels règne la paix, Je ne peux les réduire à néant. " (BéréchMRaba 38). Car il est écrit : "Si Ephraïm est collé aux idoles, laissez-le !" (Hoché'aiv, 17). Ce qui signifie que même si les membres de la tribu d'Ephraïm pratiquent l'idolâtrie mais sont collés, unis les uns aux autres, qu'il ne leur soit fait aucun mal.

De même, si la situation dans notre pays est très complexe, et si toutefois nous sommes en paix entre nous, nous bénéficierons d'une bénédiction divine : "Et Dieu donnera la force à Son peuple. Dieu bénira Son peuple par la paix. " (TéhiUm xxix, io). Dieu nous dispensera Sa bénédiction, nonobstant toutes les pressions politiques des peuples qui nous entourent.

 

 

 


 


 

 

CHABBAT CHIRA


On appelle ainsi le chabbat dont la lecture hebdomadaire est la Sidra Béchalla'h. Bien que dans cette section sabbatique, il soit question également de la sortie d'Egypte, du passage de la Mer rouge, de la manne, de la source du Horeb, de la guerre contre Amalec, c'est le Cantique de la Mer qui a donné son nom à ce chabbat. Ce cantique sera pour Israël, à toutes les époques de son histoire, d'une actualité jamais démentie. Quelle est donc la signification particulière de cet hymme, de la « Chira » par excellence? C'est que dans toute la Tora, c'est Dieu qui parle et Israël qui écoute, alors que dans ce chapitre 15 de l'Exode, c'est Israël qui chante, qui glorifie le Seigneur, et c'est en quelque sorte Dieu et son « entou¬rage » qui écoutent ! C'est dans ce cantique que l'âme de notre peuple s'est élevée au-dessus d'elle-même, pour devenir une source de spi¬ritualité, une source de Tora ! Et cette « Tora » a devancé de quelques semaines celle qui devait être révélée au Sinaï ! Et telle fut l'impression de cet événement grandiose sur ceux qui en avaient été les témoins, que toutes les fois qu'Israël sera délivré d'un danger, le cœur des affranchis débordera de reconnaissance et d'éloges envers Celui qui veille sur eux ! C'est par les paroles mêmes du Cantique qu'ils lui rendront hommage, et c'est ainsi qu'il faut comprendre ce pas¬sage du texte qui introduit le cantique proprement dit : « Alors Moïse chanta, et les enfants d'Israël entonnèrent l'hymme suivant à l'Éternel Vayomerou léemor : ils dirent « pour le redire » (les générations futures !).
Ce cantique n'est pas simplement l'expression de l'admiration sans bornes à la vue du miracle, le plus grand de notre histoire. Il exprime surtout une « émouna », une confiance et une foi absolues en l'Éternel ! C'est ainsi qu'il est dit dans le dernier verset du chapitre 14, qui précède le cantique : ils eurent foi en l'Éternel et en Moïse son serviteur ! Ils eurent alors la conviction intime que tout ce qui leur était arrivé dans le passé, les souffrances de l'esclavage comme la joie de la libération, toutes les épreuves que l'avenir leur réservera encore, tout cela n'est que l'effet du « Héssed », de la sollicitude de l'Éternel pour Israël ! Et il n'y a pour Israël de joie, il n'y a de raison d'être, que par la Émouna, la foi sans bornes ; ainsi que dit
le psalmiste (97, 11) : « et la joie sur les cœurs droits »; et le pro¬phète Habaccuc (2, 4) : « le juste vivra par sa ferme loyauté » Tsadik béémounatô yi'hyé !
Ce cantique de la Mer a été chanté par Israël au moment où les deux et la terre rendirent hommage en quelque sorte à leur Maître et Roi et où toutes les créatures purent s'écrier, unani¬mes (Ps. 95, 3) : « car l'Éternel est un grand Dieu au-dessus de toutes les divinités » ! Si ce cantique avait été entonné plus tard, les créatures n'y auraient plus répondu : elles ne vivaient déjà plus sous l'impression de l'événement, unique dans toute l'histoire des hommes ! Si par contre Israël avait chanté sa confiance en l'Éternel dès la sortie d'Egypte on aurait pu lui répliquer : rendez hommage au Pharaon qui a bien voulu vous affranchir ! Car la puissance du Pharaon était loin d'être brisée, ses chars et son armée étaient prêts à poursuivre ces esclaves affranchis, alors qu'ils étaient égarés dans le pays ! C'est seulement à la vue de la destruction de cette armée réputée invincible, que nos pères purent s'écrier : Chantons l'Éternel car II est souverainement grand, coursier et cavalier II les a lancés dans la mer... » pour conclure : « l'Éternel régnera à tout jamais ! »
En vérité, aucune créature au monde n'a chanté pareil cantique à l'Éternel ! C'est pourquoi le cantique de la Mer réjouit nos cœurs chaque fois qu'il est récité, avec une mélodie qui lui est propre, dans la lecture hebdomadaire (et également dans la paracha lue le septième jour de Pessa'h). Nous l'avons également inclus dans les « Psouké de Zimra » que nous disons chaque jour, dans la prière du matin.
Il existe un usage spécial pour le chabbat Béchalla'h : c'est d'éparpiller devant les fenêtres des miettes, restes du repas chabba-tique, à l'intention des oiseaux qui en cette saison ne trouvent pas beaucoup de nourriture dans la nature. Certains expliquent ce minhag par le fait que dans cette section sabbatique, se trouve le récit concernant la manne, nourriture céleste qui fut envoyée à nos ancêtres pendant les 40 années de la traversée du désert. Dans ce récit, nous lisons (Ex. 16, 25) : « mange la aujourd'hui, car c'est aujourd'hui chabbat, en l'honneur de l'Eternel; aujourd'hui, vous n'en trouveriez pas aux champs ! « Or deux versets plus loin, nous lisons : le septième jour, quelques-uns allèrent à la récolte de la manne, mais ne trouvèrent rien ! Ces hommes qui, en dépit de ce que Moïse avait affirmé, sortirent le chabbat pour récolter la manne, c'étaient Datan et Abiram. Dans l'intention d'induire le peuple en erreur et de lui faire perdre la confiance en Moïse, ces deux « conjurés de

la faction de Kora'h » allèrent secrètement, pendant la nuit de chabbat, éparpiller les restes de leur manne dans les champs. Le matin, ils appelèrent des voisins pour aller recueillir cette manne, prétendant que toute cette histoire du chabbat était une pure invention de Moïse! Or les oiseaux étaient venus, entre temps, picorer les miettes que ces « Réchaïm » avaient déposées ; ainsi grâce à ces oiseaux, le chabbat fut sanctifié par le peuple d'Israël ! Aussi le minhag de jeter, le chabbat Bechalla'h, les miettes de notre repas aux oiseaux, doit nous apprendre que le Saint béni goft-Il ne refuse sa juste récompense à aucune de ses créatures ! (Voir une explication du même genre dans Rachi sur le verset Ex, 22, 30 : « aux chiens vous la jetterez en pâture »).
D'autres disent enfin que les oiseaux méritent cette récompense parce que, chaque matin, ils entonnent un chant d'allégresse en l'honneur de leur Créateur : quoi de plus naturel que de leur donner cette récompense le chabbat Chira ?

 

  PARACHA   BECHALAH בשלח

LE "CHANT DE LA MER" : UN CANTIQUE AU MIRACLE

RAV AVINER


II peut sembler étonnant que nos Sages de l'époque du Moyen-Age aient éprouvé un certain malaise face au récit biblique relatant les miracles de la sortie d'Egypte, alors que, logiquement, ces prodiges auraient dû les plonger dans l'émerveillement. C'est que pour eux, l'ordre de la nature stable et permanent était plus digne d'émerveillement que les événements d'exception et passagers, fussent-ils grandioses.


Un ordre différent
Le miracle n'est-il pas un "shinouï téva", une modification dans l'ordre de la nature ? Thèse qui anéantirait toute notre conception du monde sur l'ordre de la nature, dépendant de lois de causalité immuables.
Le miracle ne serait-il pas également la preuve d'un "shinouï ratson", une modification dans la volonté divine ? Dieu a créé un monde géré par des lois naturelles. Pourquoi donc tout à coup, a-t-il décidé d'avoir recours aux miracles ? Les voies naturelles ne sont-elles pas suffisantes? Dieu n'aurait-Il pas pu libérer les enfants d'Israël sans frapper l'Egypte des dix plaies et les sauver des soldats de Pharaon lancés à leur poursuite sans le miracle du passage de la mer Rouge ? N'aurait-il pas suffi, par exemple, d'une simple tempête de sable pour ensevelir l'armée égyptienne ?


Renforcer les âmes faibles
D'après Gersonide, connu par le sigle de son nom hébraïque - "Ralbag", Dieu peut bien évidemment résoudre tous les problèmes inhérents à l'Histoire du monde sans utiliser les miracles. La nature est un instrument extraordinaire que Dieu a créé, un outil d'une puissance sans pareille. Mais justement, le problème est là : des êtres dont la foi est inconstante ne sont pas en mesure de percevoir, dans la vie de tous les jours, l'extraordinaire qui se manifeste à chaque pas. Ils ne voient pas les miracles infinis qui existent dans le corps humain, dans le fonctionnement de ses organes et jusqu'à la moindre de ses cellules, dans ses chromosomes et dans ses gènes. Ils ne sont pas en mesure de remercier Dieu comme nous le faisons trois fois par jour, avec ardeur et confiance, dans la prière solitaire (puis collective) de la Amida, en nous prosternant et en disant "Modim" -
"Nous te remercions pour les miracles que Tu nous fais chaque jour, et pour Tes merveilles, et les bontés que Tu nous fais à chaque instant, soir, matin et après-midi".
Pour ces gens-là, le miraculeux est donc nécessaire. Les manifestations extraordinaires tranchant avec l'ordre habituel de la nature éveillent la conscience humaine et l'amènent à reconnaître et à comprendre qu'en fin de compte, tout est miracle.


Un triple miracle
Une lecture attentive du récit du passage de la mer Rouge nous montre que ce miracle s'est réalisé en trois étapes.

    Tout d'abord, les eaux se sont divisées et la mer s'est transformée en terre ferme (Exode XIV, 21). Quelque chose a disparu : cette immense masse d'eau qui était là, tout à coup, n'existe plus ; elle a été "néantisée".

   Deuxième étape : quelque chose de nouveau apparaît : "Et les flots devinrent une muraille, à leur droite et à leur gauche " (ibid., 22). L'eau devient solide.

  Troisième étape : "Moïse étendit sa main sur la mer, et la mer aux approches du matin, reprit son niveau" (ibid., 27).

Autant de miracles qui, d'après le Ralbag dans son livre Milhamot Hashem (Les Guerres de l'Eternel), étaient nécessaires afin d'éveiller les âmes faibles à la foi en Dieu. Mais lorsque l'humanité aura atteint une foi véritable et profonde, les miracles ne seront plus nécessaires.


Un ordre différent
Le Maharal de Prague s'est opposé à l'opinion du Ralbag (dans la deuxième introduction de son livre Guevourot Hashem (Les Puissances de Dieu). Selon lui, les miracles ne s'adressent pas aux hommes faibles : ils ne sont pas une concession pédagogique, mais bien au contraire, la manifestation d'un monde infiniment plus élevé qui se dévoile. Selon le Maharal, il existerait donc deux types d'ordre dans le monde : celui de la nature et celui du miracle, tous deux légitimes et possibles. L'ordre de la nature étant un ordre simple et celui du miracle, un ordre plus élevé. Parfois, lors d'événements exceptionnels, le voile de la réalité naturelle se déchire et l'homme perçoit l'intervention divine qui transcende toutes les restrictions de la nature et dépasse les lois auxquelles nous sommes accoutumés. Donc, d'après le Maharal - et contrairement au Ralbag - plus les miracles sont nombreux et plus se manifeste la plénitude de la révélation divine.
Le texte de la Hagada de Pessah (le récit de la Sortie d'Egypte et ses miracles) confirme cette thèse du Maharal en évoquant en détail les innombrables miracles de cette marche vers la liberté. Parallèlement aux dix plaies tombées sur l'Egypte, on compterait aussi dix miracles sur la mer, ce qui est déjà mentionné dans le Traité Avot (V). D'après nos Sages, il n'y aurait pas eu seulement dix miracles, mais cinquante ou même cent, voire même deux cent cinquante.
Evidemment, cette prodigalité des miracles constitue une source d'embarras pour le Ralbag, puisque d'après lui, chaque miracle atteste de la faiblesse de ceux à qui ils s'adressent. Mais pour être équitable envers ce géant de l'esprit, citons un Midrash qui confirme sa conception du miracle en tant que concession parfois nécessaire. Le Talmud raconte qu'un homme malheureux s'était retrouvé veuf avec un nourrisson, et dans sa détresse, Dieu avait fait pour lui un miracle : tout à coup, il avait eu du lait et avait pu allaiter son enfant. L'un de nos Sages s'émerveilla : "Quel homme de valeur, pour bénéficier d'un tel miracle !" Mais un autre Sage expliqua à quel point cet homme était sans valeur puisque, à cause de lui, il a fallu changer l'ordre de la création (Traité Shabbat, p. 53 b).
Ce Midrash serait une preuve à l'appui du Ralbag considérant que ce changement momentané dans l'ordre de la nature constituait une intervention nécessaire. Le Maharal répliquerait que le miracle ne saurait survenir pour résoudre des problèmes qui pourraient être surmontés sans miracle : le problème de l'allaitement devait être résolu avec une nourrice.


Une nature aveugle
Quel est donc ce super-ordre du miracle, cet ordre intelligent et moral qui, selon le Maharal, s'oppose à celui de la nature ? Les lois de la nature, en effet, sont aveugles. Elles ne distinguent pas entre l'homme moral et l'homme immoral : le tremblement de terre engloutit le juste tout comme le méchant. Le poids d'un objet est le même qu'on le vole ou qu'on le rende à son propriétaire. Si l'ordre de la nature était un ordre moral, on se serait attendu à ce que la gravitation augmente afin d'empêcher le vol et au contraire à ce qu'elle s'allège pour permettre aux hommes de faire le bien, ou à ce qu'un homme méchant qui tombe par la fenêtre meure dans sa chute mais que pour un homme juste, la loi de la gravitation fasse une exception et lui permette d'atterrir en douceur. Or, rien de tel dans ce monde : les lois de la nature sont immuables, aveugles, immorales, ou plus exactement, amorales.
Au contraire, le miracle est une loi de la nature douée d'intelligence morale. Ainsi, la mer Rouge s'entrouvre seulement pour les Enfants d'Israël. Car, en fin de compte, les lois de la nature sont là pour servir l'homme. Si l'eau est liquide, quand c'est nécessaire, elle peut s'effacer et même devenir solide. Et lorsque les Egyptiens pénètrent dans la mer à leur poursuite, les flots se referment. Du fait de ses miracles, la nature devient donc intelligente et morale. Dans ce sens-là, la promesse de la Tora qui est mentionnée dans le Shema Israël - "Je te donnerai la pluie en son temps" précis où elle sera nécessaire pour les récoltes, et nos Sages ajoutent qu'afîn de ne pas déranger ceux qui voyagent, elle tombera uniquement pendant des nuits déterminées. Une pluie intelligente !


Le psychologique et le cosmologique
Mais qu'est-ce qui détermine cette transfiguration de la nature ? Avant le passage de la mer Rouge, Dieu donne un ordre à Moïse: "Pourquoi m'implores-tu ? Ordonne aux enfants d'Israël de se mettre en marche !" (Exode XIV, 15). C'est tout simple : les Hébreux doivent marcher dans les flots ! Aucun volontaire, jusqu'à ce que
Na'hshon ben Aminadav, de la tribu de Yéhouda s'avance, suivi bientôt par toute sa tribu, puis par les autres tribus. Et lorsqu'ils ont entrepris leur marche, les flots ne se sont pas fendus immédiatement. Alors, pourquoi Moïse s'était-il contenté de donner un ordre, au lieu de donner l'exemple ? Précisément parce qu'il s'agissait là de l'épreuve ultime du peuple hébreu : les flots ne se sont pas entrouverts instantanément. L'eau leur est montée aux chevilles, puis aux genoux, à la taille, et enfin jusqu'au cou. Mais ce n'est que lorsque les flots leur sont arrivés au bord des lèvres, que le miracle est intervenu !
A cette occasion, les Enfants d'Israël ont fait la preuve d'un suprême dévouement envers Dieu : il s'agissait d'une transfiguration profonde de la nature humaine, laquelle, égocentrique par nature, a pu s'élever là à un niveau de dévouement total pour le Créateur. Cette révolution intérieure est le fondement de la révolution cosmologique des ordres de la nature, ainsi que l'explique le Rav Kook (Lettres I, 175). Avant que la nature physique devienne intelligente et morale, il faut tout d'abord que la nature psychique de l'homme devienne intelligente et morale. Le sommet de cette révolution sera couronné à la fin des temps par une victoire totale sur la mort, et par la résurrection des morts et la vie éternelle, grâce à la disparition radicale du mal.
Cette élévation sublime du peuple hébreu lors du passage de la mer Rouge, est la source même de ce cantique d'amour et de proximité avec Dieu que tous les Enfants d'Israël ont chanté. En entonnant cet hymne en un plein choeur, ils ont élevé le "Cantique de la Mer" au niveau d'un chant prophétique, comme l'ont souligné nos Sages : "Une servante a vu (au moment de la traversée de la mer), ce que n'a pas vu Ezéchiel ben Bouzi, le grand prêtre" (Me'hilta Bechala'h). La totalité du peuple, et jusqu'au plus humble parmi les Hébreux, se trouvait alors à un degré prophétique que le grand prophète Ezéchiel lui-même n'a jamais atteint !
 

résumé de la sidra de la semaine :  

            dr M. BENSOUSSAN (ptithebdo)

 

Un résumé de la Sidra Bechalah

 

Comme c’est souvent le cas, nous retrouvons en Israël, entremêlés, le meilleur comme le pire ! En effet, notre Sidra relate à la fois les plus beaux moments de la traversée de la mer et son magnifique cantique, puis les plus sombres moments d’un peuple qui réclame et rouspète sans cesse. Même la manne tombée du ciel ne le satisfait pas. Jusqu’à ce qu’Amalek, le pire ennemi, vienne les attaquer !

Première montée : Pharaon a donc renvoyé le peuple. Dieu ne les fait pas passer par le plus court chemin, celui de la bande de Gaza, de peur qu’il ne soient pas encore mûrs pour affronter les guerres de conquête. C’est donc par un long détour à travers le désert que le peuple se met en marche. Dieu met en place une situation apparemment inextricable : il fait venir le peuple face à la mer, dans un cul de sac et Il les fait poursuivre par l’armée de Pharaon qui les prend en étau.

Deuxième montée : Le peuple se trouve coincé entre les Égyptiens et la mer. « Pourquoi nous avoir fait sortir si c’est pour nous tuer dans le désert ? ». Moché leur promet une solution miraculeuse qui dépassera toutes les plaies d’Égypte.

 

Troisième montée : Le plan de Dieu est clair : que le peuple face preuve de foi en Lui et qu’il s’avance vers la mer ! Moché tend son bras sur la mer et celle-ci s’ouvre en créant un passage à sec. Les Égyptiens les poursuivent et entrent dans la mer.

 

Quatrième montée : Moché étend à nouveau son bras, les eaux se referment sur les Égyptiens et les engloutissent : hommes, chevaux et chars. Le peuple d’Israël, rescapé sur l’autre rive assiste au plus prodigieux miracle qui le sauve définitivement du joug égyptien. C’est alors que Moché et Israël entonnent un cantique de louanges décrivant ce miracle. (Ce très beau poème est récité tous les matins au cours de la prière de Shaharit). Myriam prend un tambour (appelé aujourd’hui le « Tof – Myriam », le tambour de Myriam !) et entraîne les femmes à danser et à chanter à la gloire de Dieu.
Moché doit forcer le peuple à quitter cet endroit magique. Ils arrivent à « Mara ». Une source d’eau amère ! Le peuple se plaint. Moché prie et Dieu lui indique comment obtenir de l’eau douce : il faut y jeter une branche d’arbre. Dieu est bien le meilleur guérisseur.

 

Cinquième montée : Puis le peuple arrive à Elim. Il y trouve douze sources d’eau et soixante-dix palmiers. Puis il arrive au désert de Sin. Un mois s’est déjà écoulé depuis la sortie d’Égypte. Là, le peuple se plaint : « On mangeait mieux en Égypte ! C’était le paradis et ici c’est la désolation ! » Dieu promet de leur envoyer la Manne du ciel. Ils n’auront qu’à la ramasser au petit matin et cela les nourrira pour la journée.

 

Sixième montée : Face à toutes ces plaintes, Dieu espère que grâce à ces miracles le peuple sera contenté et retrouvera enfin sa confiance en Lui. Le soir, des cailles recouvraient le campement et le matin, c’était la manne. Ils avaient ainsi de la viande et du pain. Des règles précises sont définies au sujet de la manne. En ne prenant que la quantité quotidienne, on fera preuve de confiance en Dieu. De toute façon, lorsque certains en prenaient trop, elle pourrissait ! Le vendredi, on en prenait double ration car le shabbat la manne ne tombe pas. Ce sont là les premières lois du shabbat. Une petite quantité de manne sera conservée et placée, plus tard, dans le Temple en témoignage de ce prodige.

 

Septième montée : Le peuple quitte Sin et arrive à Refidim. Là encore, il n’y a pas d’eau. Sur ordre de Dieu, Moché frappe un rocher d’où jaillit l’eau tant attendue.
Amalek est le premier peuple de la région à venir s’attaquer à Israël. Josué prend le commandement de l’armée et repousse Amalek. Ce sera la première d’une longue série de guerres qui amèneront Amalek à vouloir anéantir Israël au cours de l’histoire. Dieu promet de toujours l’en délivrer.

Dr Michel Bensoussan

 

 

 

 

 

PEROUCH CATAN

RESUME DE LA PARACHA

 PAR LE RABBIN C BRAHAMI

 

BECHALAH'

Etrangement, au lieu de conduire le peuple qu'il vient de libérer par le chemin le plus court vers la terre qu'il lui a destinée à maintes reprises, le chemin qui longe la méditerranée (de Kunétra à Gaza dans la géographie d'aujourd'hui), Dieu lui fait faire un long détour par le désert de Souf, où il séjournera quarante années. Une raison double est invoquée par notre texte: une attaque possible des Philistins (peuple côtier voisin de l'Egypte) qui pourrait inciter Israël à vouloir retourner en Egypte. L'histoire du passé ne devait pas se répéter; en effet, le midrach nous rappelle que, trente ans auparavant, la majeure partie de la tribu d'Ephraïm, croyant l'heure de la délivrance arrivée, avait réussi à s'évader de l'Egypte et s'était engagée dans ce fameux chemin; elle s'est alors heurtée aux Philistins qui l'anéantirent totalement. Comment empêcher, après cette tragédie, la masse du peuple de ne pas trébucher sur les cadavres de ces malheureux «pionniers», de ne pas craindre de subir le même sort et de souhaiter reprendre le joug de la servitude, toujours préférable à une liberté mortelle? A cette double raison s'ajoute cependant le projet divin de faire vivre à son peuple la grandiose épopée du désert, dont le passage de la mer Rouge, la manne et la révélation du Sinaï formeront les temps forts, de telle sorte que ce peuple ait le temps de s'affranchir de sa mentalité d'esclave.

C'est donc cet itinéraire qu'emprunte l'immense colonne des Hébreux, six cent mille hommes, accompagnés de leurs femmes et de leurs enfants, et suivis d'une populace composite (Ex.l237_38). A sa tête, Moïse, Aaron et les Anciens cheminent en compagnie des ossements de Joseph, voulant ainsi attester de la continuité de l'histoire. Ils sont bien les descendants des fils de Jacob; l'Egypte n'a été qu'une étape vers la terre promise.

Le jeudi, 15 nissan la colonne part de Ramsès, baptisée Pi Hah'irot, la Porte de la Liberté, arrive à Souccot, puis à Etam où elle dresse son campement pour le chabbat. Le lendemain elle longe les Lacs Amers et stationne à proximité de la jonction de ces Lacs avec la mer Rouge, «devant Pi hah'irot», entre Migdol et la mer. Or, Pharaon, se souvenant des paroles de Moïse, «nous voulons partir pour trois jours de marche», commença à regretter d'avoir libéré ses esclaves; il rassemble son armée, se précipite à leur poursuite et les atteint à Pi-hah'irot, à l'extrémité sud des lacs Amers où s'effectuera la traversée miraculeuse, exactement une semaine après l'exode, le 21 nissan au soir, (le 7ème jour de Pessah'), 81 ans, jour pour jour, après que Moïse, nourrisson, eut été déposé sur le Nil!

Après les miracles opérés en Egypte, celui de la mer Rouge ne doit nous paraître ni plus ni moins surnaturel. Et cependant, une différence de taille le distingue de tous les autres. Jusqu'à présent, les Hébreux avaient perçu uniquement les conséquences de l'intervention divine; ils en avaient été les témoins et les bénéficiaires; la libération elle-même était un prodige dont ils n'ont vu que l'aboutissement. Sur le rivage de la mer Rouge, les Hébreux purent contempler le déroulement du miracle, en direct, dirons-nous aujourd'hui, ou mieux, en temps réel. Ils virent les eaux se séparer en douze chemins et se soulever en murailles pétrifiées; ils virent le fond de la mer remonter jusqu'à leurs pieds afin de leur faciliter le passage... Ils virent enfin, de leurs yeux, les Egyptiens leur emboîtant le pas, puis les flots les submerger avant de les rejeter inertes, sur la rive... Nos sages, dans leur perspicacité, ont exprimé cette différence en disant que la moindre des servantes d'Israël perçut à cet instant plus que n'importe quel autre prophète! A tel point que Moïse dût les contraindre à décamper après l'engloutissement des Egyptiens; comme il est dit: «il les fit partir de la mer Rouge» (1522)- Le cantique que le peuple prononça alors était à la hauteur de l'événement. Sa teneur poétique et mystique en fait un chef-d'œuvre du genre qui ne peut être apprécié que dans la langue

sacrée, celle dans laquelle il a été chanté la première fois. Au cœur de la prière du matin, il occupe une place privilégiée dans la liturgie en raison de la permanence de m validité: éloge de la toute puissance de Dieu qui combat les guerres d'Israël, anéantit ses ennemis les plus acharnés et le conduit sur sa terre.

Le peuple d'Israël sort transformé de ce contact direct avec la force divine. en est ainsi, comment expliquer les acres récriminations qui furent suivies des miracles des eaux amères, de la manne, des cailles, du rocher? On peut considérer ces épisodes comme autant d'épreuves destinées à affermir la foi des Hébreux; certes, il y eut à chaque fois une résistance, une nostalgie de la vie sans responsabilité de l'esclave, mais n'est-ce pas justement cette mentalité qu'il fallait éradiquer chez ce peuple? Il lui fallait à chaque fois être confronté à une catégorie de difficulté de la vie, la soif, la faim, la guerre, le manque de confort... pour lui apprendre à vivre en homme libre, libre et responsable, libre et confiant en son Dieu et en son avenir. A l'image d'un mal aimé, le peuple d'Israël semble réclamer de plus en plus de preuves d'amour, pour croire que Dieu réside œ son sein, toujours prêt à le délivrer. «Dieu est-il parmi nous ou non?» (177)

Avec la manne, le peuple devait comprendre le symbole fort d'une nourriture spirituelle qui se substitue avantageusement à la nourriture physique habituelle, en référence à la réflexion du Deutéronome, «l'homme ne vit pas seulement de pain, mais de la parole de Dieu.» (Deu. 83). Assez curieusement, notre texte juxtapose, ou plutôt entremêle dans un même verset (1613) le miracle des cailles et celui de la manne. C'est que Moïse voulut satisfaire immédiatement le peuple qui réclamait de la nourriture; pour lui, nourriture signifiait viande; et Dieu accomplit la volonté de son serviteur et fait venir les cailles. Mais l'intention divine était de faire pleuvoir la manne du ciel. La manne s'est donc répandue «autour du camp» à cause des cailles qui étaient à l'intérieur, alors que dans les Nombres, le texte nous dit que «la manne tombait sur le campement» (Nb.ll9). (Malbim) La manne parvenait sur le sol entre deux couches de rosée, au petit matin, sous forme de petites graines de la taille de la coriandre, d'un blanc transparent semblable à de la gelée ou à du givre. Il fallait la cueillir avant que le soleil ne la fasse fondre et s'évaporer. On pouvait la consommer telle quelle, bouillie ou grillée; elle avait le goût d'un gâteau au miel, ou, selon le midrach, le goût de son choix. Chacun devait en cueillir la quantité exacte de ses besoins, le surplus pourrissait dès le lendemain, sauf si ce lendemain était chabbat; c'est la preuve, parmi tant d'autres, que cette nourriture était le produit d'un miracle quotidien. A travers la manne, le peuple apprend à pratiquer le chabbat.

La guerre contre Amaléq, qui clôture notre paracha, montre que, sans raison avouée, n'importe quel peuple peut s'attaquer à Israël, par une haine gratuite, un désir de nuire et de tuer celui qui n'est pas comme les autres, ou celui qu'il voudrait supplanter sans faire l'effort moral nécessaire. C'est tout le conflit entre Jacob et Esaû qui ressurgit de façon rémanente et récurrente: Esaû a bien envie d'être Israël, de prendre les bénédictions de son frère, mais dans le même temps, il rejette le droit d'aînesse qui implique responsabilité morale et spirituelle. 'Amaleq devient ainsi l'incarnation de cet instinct du mal qui gît dans chaque être humain, qui agresse et détruit tout ce qui a de la valeur et qui est estimable en l'homme. On comprend dès lors le serment que fait Dieu lui-même d'effacer jusqu'au souvenir de 'Amalek et de mener contre lui une guerre perpétuelle, jusqu'à son anéantissement total. De son côté, l'homme a le devoir d'oeuvrer pour montrer son adhésion au projet divin. Ainsi s'explique la différence de formulation entre celle de notre paracha et celle qui figure dans le Deutéronome (25, 19): «efface le souvenir de Amaleq... n'oublie pas.», d'où il ressort que c'est aussi à l'homme de mener une guerre sans merci contre lui.

 
 

LE TEXTE ORIGINALE SE TROUVE SUR LE SITE : http://www.rabbinat.qc.ca/nsite/dvar/dvar.htm

PARACHA  BECHALAH בשלח

La délivrance

Parô poursuit les Bénè Yisraèl

La traversée de la Mer Rouge

 

 
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